Normes CO2 : pourquoi deux grands constructeurs sont déjà dans le rouge en 2026 ?

Publié par Alexandre Patamia le 11 août 2026

Normes CO2 : pourquoi deux grands constructeurs sont déjà dans le rouge en 2026 ?

Depuis 2025, les constructeurs automobiles vendant en Europe doivent respecter un seuil moyen d’émissions de CO2 fixé à 93,6 g/km pour l’ensemble de leurs véhicules neufs. Selon une étude du cabinet Dataforce relayée par la presse spécialisée, l’industrie automobile européenne aurait déjà accumulé environ 12,8 milliards d’euros de pénalités théoriques entre janvier 2025 et avril 2026, partiellement compensées par 9,7 milliards d’euros de crédits carbone générés par les constructeurs les plus avancés — laissant un solde net négatif de plus de 3 milliards d’euros pour le secteur1.

Deux noms reviennent particulièrement dans cette facture : Volkswagen et Stellantis.

Comment fonctionne l’amende CO2 européenne (norme CAFE) ?

Le principe est simple sur le papier : chaque gramme de CO2 dépassant le seuil moyen fixé au constructeur coûte 95 €, multiplié par le nombre de véhicules vendus en Europe sur la période1. Un dépassement de quelques grammes par véhicule, cumulé sur plusieurs millions d’immatriculations, se traduit rapidement par des centaines de millions, voire des milliards d’euros de pénalité théorique.

Les constructeurs disposent toutefois d’une soupape : le « pooling », qui consiste à s’associer avec un ou plusieurs autres groupes pour mutualiser leurs émissions moyennes, ou à acheter directement des crédits carbone à des constructeurs excédentaires2. Mercedes, par exemple, doit déjà recourir à cette solution en s’associant à Volvo Cars et Polestar pour atteindre son seuil2.

Stellantis et Volkswagen, en première ligne des pénalités

Selon l’analyse de Dataforce, Volkswagen est le constructeur le plus lourdement exposé, avec des amendes théoriques proches de 2,3 milliards d’euros sur la période 2025-20271. Stellantis, qui a immatriculé environ 2,3 millions de véhicules en Europe sur cette période, affiche des émissions moyennes estimées à 102,1 g/km — soit environ 6 grammes au-dessus de son objectif propre de 96,2 g/km — pour une pénalité potentielle avoisinant 1,25 milliard d’euros1.

Ce constat marque une dégradation par rapport aux projections plus optimistes de fin 2025 : une analyse de Transport & Environment publiée en septembre 2025 anticipait encore que Stellantis respecterait ses objectifs avec une marge confortable de 9 gCO2/km, et que Volkswagen resterait « tout juste dans la norme »2. Les débuts d’année 2026 ont visiblement rebattu les cartes, sous l’effet d’un ralentissement des ventes électriques par rapport aux trajectoires espérées.

Il faut toutefois garder en tête que ces montants restent théoriques : les constructeurs peuvent encore ajuster leur mix de ventes, acheter des crédits ou modifier leur gamme d’ici la fin de la période de référence pour réduire la note finale1.

Qui gagne à ce système ? Tesla, BYD et les constructeurs chinois

À l’inverse, les groupes les plus avancés sur l’électrique transforment leur avance en revenus. Tesla aurait accumulé environ 2,3 milliards d’euros de crédits carbone théoriques, revendables à d’autres constructeurs1. Les marques chinoises ne sont pas en reste : BYD afficherait environ 1,6 milliard d’euros de crédits, Geely environ 1,4 milliard, et Leapmotor — dans lequel Stellantis détient une participation — dépasserait le demi-milliard1. Ce partenariat capitalistique pourrait d’ailleurs aider Stellantis à limiter sa propre facture réglementaire tout en renforçant son offre électrique.

Quel impact concret pour votre prochain contrat de flotte ?

Cette pression réglementaire n’est pas qu’une bataille de communiqués financiers entre groupes automobiles : elle se répercute déjà sur l’offre commerciale. Pour limiter leur exposition, les constructeurs sous pression ajustent leur stratégie de plusieurs façons :

  • Un écart de prix qui se creuse entre thermique et électrique : selon T&E, cet écart est passé de 30 % en début d’année à 40 % en juin2, les modèles électriques et hybrides étant mis en avant pour faire baisser la moyenne d’émissions du constructeur.
  • Une disponibilité réduite sur certains modèles thermiques fortement émetteurs, en particulier sur les segments SUV et utilitaires, au profit d’une gamme recentrée sur l’électrifié.
  • Des avantages commerciaux renforcés sur l’électrique et l’hybride rechargeable, notamment via les canaux de vente aux flottes d’entreprise, qui restent le principal levier des constructeurs pour écouler des volumes de véhicules bas-carbone.

Pour une entreprise qui renouvelle sa flotte en LLD ou LOA, ces ajustements peuvent jouer dans les deux sens : des conditions potentiellement plus avantageuses sur l’électrique chez les constructeurs sous pression réglementaire, mais aussi un choix restreint ou un prix en hausse sur certains modèles thermiques encore nécessaires pour des usages spécifiques.

Comment anticiper ces ajustements de gamme et de prix ?

Deux réflexes permettent de transformer cette contrainte réglementaire en opportunité de négociation plutôt que de la subir :

  1. Comparer plusieurs constructeurs à chaque renouvellement, en gardant à l’esprit que les groupes les plus en retard sur leurs objectifs CO2 (Volkswagen, Stellantis) ont un intérêt commercial direct à pousser des offres électriques attractives dans les prochains mois.
  2. Ne pas attendre le dernier moment pour arbitrer un modèle thermique dont la disponibilité ou le tarif pourrait évoluer d’ici la fin de la période de référence 2025-2027.

FAQ — Normes CO2 des constructeurs et flotte d’entreprise

Quels constructeurs risquent le plus d’amendes CO2 en 2026 ?

Volkswagen et Stellantis sont les plus exposés selon une étude du cabinet Dataforce. Volkswagen ferait face à environ 2,3 milliards d’euros d’amendes théoriques sur 2025-2027, et Stellantis à environ 1,25 milliard d’euros, avec des émissions moyennes d’environ 102,1 g/km contre un objectif de 96,2 g/km.

Comment fonctionne l’amende CO2 européenne pour les constructeurs automobiles ?

La norme CAFE fixe un seuil moyen d’émissions de CO2 pour les véhicules neufs vendus par chaque constructeur dans l’Union européenne. Au-delà de ce seuil, l’amende est de 95 € par gramme excédentaire, multipliée par le nombre de véhicules vendus. Les constructeurs peuvent réduire cette facture en achetant des crédits carbone à d’autres groupes plus avancés dans l’électrique.

Qui profite du système des amendes CO2 ?

Les constructeurs les plus avancés dans l’électrique génèrent des crédits carbone qu’ils peuvent revendre. Tesla aurait accumulé environ 2,3 milliards d’euros de crédits théoriques, BYD environ 1,6 milliard, et Geely environ 1,4 milliard, selon la même étude Dataforce.

Quel impact ces amendes CO2 peuvent-elles avoir sur le prix de ma flotte d’entreprise ?

Pour limiter leur exposition, les constructeurs sous pression ajustent leur offre : hausse du prix des modèles thermiques les plus émetteurs, disponibilité réduite sur certaines motorisations, avantages commerciaux renforcés sur l’électrique et l’hybride rechargeable. L’écart de prix entre thermique et électrique a d’ailleurs déjà progressé, passant de 30 % en début d’année à 40 % en juin selon T&E.

Faites jouer la concurrence entre constructeurs pour votre flotte

Les tensions réglementaires sur le CO2 redistribuent les cartes commerciales entre constructeurs, souvent au bénéfice des entreprises qui savent comparer plutôt que reconduire une flotte par habitude. Nos experts basés à Dardilly (69) réalisent une étude gratuite et indépendante de votre flotte actuelle ou future, avec un rappel sous 2 h ouvrées. Contactez-nous au 04 82 53 24 35.


Sources : (1) Auto Pour Vous, « Stellantis et Volkswagen menacés de milliards d’amendes CO2 en Europe », 29/05/2026, données Dataforce/MilanoFinanza — (2) Transport & Environment France, « Normes CO2 des voitures : Renault et Stellantis dans les temps, Mercedes en retard », 08/09/2025. Sujet identifié initialement via Automobile Magazine.

Alexandre Patamia

Alexandre Patamia est entrepreneur spécialiste de la mobilité automobile et du leasing. Fondateur de Car-Optimiz.fr en 2016 à Dardilly, il conseille depuis les particuliers et professionnels sur leurs choix de financement, de gestion de flotte et solutions de mobilité.