Recharge : le frein n’est plus la voiture, c’est la borne
Un ingénieur a récemment relevé 721,85 kW de puissance de recharge sur une borne installée à Saint-Flour, dans le Cantal. La borne était annoncée à 600 kW. Le chiffre a de quoi impressionner, et il a fait le tour de la presse spécialisée. Pour un dirigeant qui pilote une flotte, il pose surtout une question plus utile : à quoi sert vraiment la puissance, et où se situe la contrainte réelle ?
▶ Flotte électrique : les erreurs à ne pas commettre — Colin Fabre + Jérémy (Toltech) — Car Optimiz & Toltech Energy · 51 s
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D'abord, prendre la décision trop rapidement d'acheter un véhicule électrique. Il faut d'abord regarder si on peut vraiment recharger le véhicule, parce qu'immobiliser un véhicule pendant 12 heures parce qu'on le recharge sur une prise domestique, c'est une vraie perte de temps et une vraie perte d'argent pour l'entreprise. [Jérémy] C'est pour ça que Car Optimiz et Toltech Energy se sont associés : pour anticiper ce genre de problème, on va chez le client en amont pour valider le fait qu'on puisse recharger des véhicules dans l'entreprise. C'est très important, il faut anticiper ce point. On lance vraiment un projet électrique : avant de signer le véhicule, il faut impérativement régler la solution de recharge.
Que s’est-il passé exactement ?
Le véhicule testé est une berline électrique de conception récente, dotée d’une architecture haute tension. Selon l’ingénieur, la puissance a oscillé entre 560 et 722 kW pendant la session. Le véhicule serait passé de 47 à 80 % de charge en quatre minutes, soit 43 kWh récupérés. Point plus intéressant que le pic : la puissance serait restée élevée jusqu’à 90 % de charge.
C’est ce dernier point qui compte à l’usage. Un pic de puissance tenu quelques secondes ne change rien à une journée de travail. Une courbe qui reste haute jusqu’à 90 %, en revanche, réduit réellement le temps passé sur une aire d’autoroute. À titre de comparaison, dépasser 300 kW reste aujourd’hui réservé à une poignée de modèles commercialisés en Europe.
Pourquoi la borne devient la vraie limite
La démonstration révèle un renversement. Pendant des années, le véhicule bridait la recharge. Aujourd’hui, c’est de plus en plus l’infrastructure qui plafonne. Le constructeur concerné annonce que ce modèle pourrait théoriquement accepter jusqu’à 1 500 kW avec un équipement adapté, soit plus du double du record relevé. Côté véhicules, la progression continue aussi : le Scénic E-Tech 2026 réduit son 15-80 % à 28 minutes.
Il faut toutefois nuancer, et c’est là que ça devient concret pour une flotte. Une station à très forte puissance répartit généralement sa capacité entre ses points de charge. Une station annoncée à 1 000 kW avec huit prises ne délivre pas 1 000 kW à chaque véhicule. Un jour d’affluence, la puissance disponible par véhicule peut chuter fortement. Un dirigeant qui planifie des tournées doit raisonner sur la puissance réellement disponible, pas sur celle affichée sur la borne.
Ce que la puissance change dans le coût d’une flotte
Moins que ce qu’on imagine, en réalité. Pour un collaborateur en usage urbain ou périurbain, qui recharge la nuit à domicile ou sur site, la puissance maximale du véhicule n’a presque aucun effet. Ni sur le coût, ni sur la disponibilité. Ce qui compte alors, c’est la consommation réelle et le prix du kilowattheure. Nous avons chiffré ces écarts dans notre comparatif du coût de recharge d’une voiture électrique.
La puissance devient déterminante dans un seul cas de figure : les collaborateurs qui font régulièrement de longs trajets. Là, chaque arrêt de recharge est du temps de travail perdu. Un commercial qui perd 40 minutes deux fois par semaine, ce sont plus de 60 heures par an. À ce niveau, l’écart entre deux modèles se chiffre en euros de productivité, pas en confort.
Autrement dit, la bonne question n’est pas « quel véhicule recharge le plus vite ? » mais « quels profils de mes collaborateurs justifient de payer pour cette vitesse ? ». Sur une flotte de dix véhicules, la réponse est rarement « tous ».
Comment arbitrer avant de commander ?
Trois vérifications suffisent à trancher la plupart des dossiers. D’abord, cartographier les usages réels sur trois mois, pas sur des estimations. Combien de collaborateurs dépassent 300 km dans une même journée, et à quelle fréquence ? Ensuite, regarder l’infrastructure disponible sur les axes concernés, et pas seulement le nombre de bornes : le nombre de points de charge par station compte autant que la puissance affichée.
Enfin, chiffrer l’installation sur site. Une borne d’entreprise correctement dimensionnée résout souvent le problème en amont, sans surpayer une capacité de recharge ultra-rapide que le véhicule n’utilisera jamais. C’est un arbitrage qui rejoint celui du coût complet de détention, développé dans notre article sur le coût total de possession d’un véhicule.
Ce que nous regardons chez Car Optimiz
Ces records technologiques ont leur intérêt : ils montrent la direction que prend le marché, et ils rassurent sur la trajectoire de l’électrique. Mais ils ne doivent pas dicter une décision de flotte en 2026. Ce qui détermine la rentabilité d’un dossier, ce sont l’usage réel, la fiscalité applicable et les conditions de financement obtenues.
Depuis dix ans, à Dardilly dans l’Ouest lyonnais, nous accompagnons des PME sur ces arbitrages, avec plus de 2 000 contrats à notre actif. Courtier agréé ORIAS, nous comparons plusieurs loueurs plutôt que de défendre l’offre d’un seul. Nous travaillons aussi les solutions de leasing professionnel et les services associés, bornes comprises. Demandez une étude gratuite : rappel sous 2 heures ouvrées au 04 82 53 24 35.
Questions fréquentes
Quelle puissance de recharge un véhicule d’entreprise utilise-t-il réellement ?
Beaucoup moins que les records annoncés. La puissance réelle dépend du véhicule, de la température de la batterie, de son niveau de charge et du nombre d’utilisateurs branchés simultanément sur la même station. Une borne annoncée à 300 kW ne délivre presque jamais 300 kW du début à la fin d’une session.
Faut-il choisir un véhicule électrique selon sa puissance de recharge maximale ?
Seulement si vos collaborateurs font régulièrement de longs trajets. Pour un usage majoritairement urbain ou périurbain avec recharge de nuit, la puissance maximale n’a presque aucun effet sur le coût ni sur la disponibilité du véhicule. Le critère utile est alors la consommation réelle.
Une station très puissante partage-t-elle sa puissance entre plusieurs véhicules ?
Oui, c’est le cas de la plupart des stations à forte puissance. La puissance annoncée est celle de la station entière, répartie entre les points de charge occupés. Un jour d’affluence, la puissance disponible par véhicule peut donc chuter fortement.
Sources
Relevé de puissance de recharge effectué en août 2026 sur une station du réseau Atlante à Saint-Flour, documenté par son auteur et repris par la presse spécialisée automobile française. Mise en perspective avec nos propres articles sur le coût de recharge et le coût total de possession.
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