Carport solaire et voiture électrique : faut-il louer ou acheter le véhicule qui va dessous ?
Un carport solaire de 3 kWc produit, selon la région, entre 3 000 et 3 800 kWh par an. Une berline électrique qui roule 16 000 km en consomme à peu près 2 500. Sur le papier, l’abri couvre donc la voiture. Dans la réalité, tout dépend de deux choses : la part de cette production que vous consommez vous-même, et le véhicule que vous garez dessous. Le premier point est du ressort de votre installateur. Le second, c’est mon métier : je suis courtier automobile à Lyon depuis dix ans et je vois chaque semaine des clients qui ont bien dimensionné leur toit et mal choisi le financement de leur voiture.
En bref
Depuis le 5 juin 2026, le surplus solaire injecté sur le réseau n’est plus racheté que 1,1 centime le kWh, alors que le kWh acheté au tarif réglementé coûte 20 centimes. Chaque kWh autoconsommé vaut donc près de vingt fois un kWh revendu. La voiture électrique est le meilleur consommateur de votre carport, à condition de la financer sur une durée cohérente avec sa garantie batterie et vos usages. Pour un particulier, la LOA ou la LLD évitent le risque de revente ; pour une entreprise, la LLD cumule loyers déductibles et avantage en nature réduit de 70 %.
Pourquoi la voiture électrique est devenue le premier client de votre carport
Jusqu’au printemps 2026, un particulier pouvait encore raisonner « je produis, je revends, je me rembourse ». L’arrêté tarifaire publié au Journal officiel le 4 juin 2026 a fermé cette porte : la prime à l’autoconsommation disparaît pour toutes les installations jusqu’à 100 kWc, et le tarif de rachat du surplus tombe à 1,1 c€/kWh, indexé de 2 % par an1. Les contrats déjà signés ne bougent pas, mais tout nouveau projet doit désormais se rentabiliser sur ce qu’il évite d’acheter, pas sur ce qu’il vend.
Or ce que vous évitez d’acheter coûte de plus en plus cher. Au 1er août 2026, le tarif réglementé d’EDF est monté à 0,2001 €/kWh en option Base et à 0,1589 €/kWh en heures creuses2. Dans ces conditions, une voiture électrique branchée sous le carport en journée absorbe une production qui, sinon, partirait sur le réseau pour presque rien. C’est le seul « appareil » de la maison capable d’avaler 30 à 60 kWh d’un coup au bon moment.
Les ordres de grandeur que nous donnons à nos clients sont simples : rechargée à domicile, une électrique revient à 4 ou 5 € les 100 km ; sur une borne publique classique, comptez 7 à 10 € ; sur une borne rapide d’autoroute, jusqu’à 15 €. Nous avons détaillé ces écarts dans notre guide sur le coût réel de la recharge à domicile. Avec une production solaire, le premier chiffre tend vers zéro pendant six à huit mois de l’année. Sur 16 000 km, l’écart entre « recharge solaire » et « recharge publique » dépasse 1 000 € par an. C’est ce montant qu’il faut mettre en face du financement du véhicule.
Acheter, LOA ou LLD : ce qui change quand la voiture est électrique
La question n’est pas propre au solaire, mais l’électrique la rend plus tranchée que pour une thermique. Trois raisons.
La première est la valeur de revente. Les prix des électriques d’occasion ont bougé vite ces trois dernières années, à la baisse sur certains modèles, à la hausse sur d’autres après l’arrivée des nouvelles gammes. Un acheteur comptant porte seul ce risque. En location, LOA ou LLD, la valeur résiduelle est fixée au contrat : si le marché décroche, c’est le loueur qui encaisse la perte.
La deuxième est la batterie. Les constructeurs garantissent en général 8 ans ou 160 000 km avec un seuil de capacité minimale, souvent 70 %. Une location de 36 à 48 mois se situe entièrement à l’intérieur de cette fenêtre. Un achat vous emmène au-delà, ce qui n’est pas un problème en soi mais suppose de l’avoir décidé en connaissance de cause.
La troisième est la technologie elle-même. Autonomie, vitesse de recharge, compatibilité avec la recharge bidirectionnelle dont parle votre installateur : en quatre ans, l’offre change. Une LLD vous remet au niveau du marché à chaque renouvellement. Un achat vous fige.
| Critère | Achat | LOA | LLD |
|---|---|---|---|
| Risque de valeur de revente | Vous | Le loueur (sauf si vous levez l’option) | Le loueur |
| Durée type | 6 à 10 ans de détention | 36 à 60 mois | 24 à 48 mois |
| Entretien, pneus, assistance | À votre charge | En option | Généralement inclus |
| Propriété en fin de contrat | Oui | Au choix | Non, restitution |
| Profil adapté | Gros rouleur qui garde longtemps | Particulier qui veut garder la main | Entreprise, ou particulier qui renouvelle |
Nous avons posé les différences complètes entre les deux formules de location dans un comparatif dédié, LOA ou LLD selon que vous êtes particulier ou entreprise. Le point à retenir ici : pour un foyer qui vient d’investir 13 000 à 24 000 € dans un carport, immobiliser 35 000 € de plus dans une voiture dont la valeur dans cinq ans est incertaine n’est pas toujours la meilleure allocation.
Si la voiture est celle de l’entreprise, le calcul change encore
Beaucoup de lecteurs de ce blog sont dirigeants de TPE ou de PME et roulent avec un véhicule de société. Pour eux, la combinaison carport solaire à domicile et voiture électrique en LLD est l’une des plus efficaces fiscalement que je connaisse, et elle est encadrée par des textes précis.
L’avantage en nature d’abord. Pour un véhicule électrique mis à disposition entre le 1er février 2025 et le 31 décembre 2027, l’arrêté du 25 février 2025 applique un abattement de 70 % sur l’évaluation forfaitaire, dans la limite de 4 582 € par an, à condition que le modèle figure dans la liste des véhicules éligibles au score environnemental3. Le même texte évalue à zéro l’avantage lié à une borne de recharge installée au domicile du salarié tant qu’elle est restituée en fin de contrat, et à 50 % des frais réels dans la limite de 1 043,50 € si elle reste sur place. L’électricité consommée pour la recharge n’entre pas dans le calcul.
La déductibilité ensuite. En LLD, les loyers passent en charges, avec la même limite d’amortissement que pour un achat : 30 000 € de base déductible pour un véhicule émettant moins de 20 g de CO2/km, soit le plafond le plus favorable du barème. Un SUV électrique à 55 000 € reste donc partiellement non déductible, mais bien moins qu’un hybride rechargeable au même prix. Enfin, la taxe annuelle sur les émissions de CO2 des véhicules de société ne s’applique pas aux électriques. Nous avons regroupé ces règles, et celles annoncées pour 2027, dans notre article sur la fiscalité du véhicule électrique d’entreprise.
Ce que nous voyons sur le terrain : un dirigeant qui recharge sa voiture de fonction sous son carport personnel fait baisser le coût d’usage du véhicule sans que cela n’apparaisse dans le loyer, tout en gardant une mensualité intégralement passée en charges. Il faut simplement que la borne soit posée par un installateur qualifié IRVE et que la refacturation de l’électricité, si elle existe, soit documentée.
Et pour un parking d’entreprise : l’ombrière, la flotte et le calendrier des contrats
Le sujet prend une autre dimension dès que l’on parle de plusieurs véhicules. La loi d’accélération des énergies renouvelables du 10 mars 2023 impose aux parkings extérieurs de plus de 1 500 m² d’être couverts à 50 % au moins par des ombrières photovoltaïques, avec une échéance au 1er juillet 2028 pour les parkings existants et des sanctions annuelles pouvant atteindre 40 000 € selon la surface4. Les équipes de Carport-Solaire.com détaillent ces obligations sur leur page consacrée aux ombrières photovoltaïques pour parking d’entreprise.
Mon conseil aux dirigeants qui reçoivent un devis d’ombrière : sortez en même temps le tableau des échéances de vos contrats de location. Une flotte de dix véhicules en LLD se renouvelle par vagues, tous les 36 ou 48 mois. Si l’ombrière est mise en service en 2027 et que la moitié des contrats thermiques courent jusqu’en 2029, vous aurez pendant deux ans un parking qui produit et des voitures qui ne consomment pas. À l’inverse, caler la vague de renouvellement sur la mise en service de l’ombrière, c’est faire basculer d’un coup le poste carburant vers une électricité que vous produisez. C’est précisément le travail que nous faisons dans un plan de renouvellement de flotte : aligner les dates, les kilométrages et la puissance de recharge disponible avec les modèles retenus.
Dernier point souvent oublié : la puissance des bornes. Une flotte qui stationne huit heures par jour sous une ombrière n’a pas besoin de recharge rapide. Des bornes de 7 à 11 kW, pilotées pour suivre la production, suffisent presque toujours et coûtent une fraction du prix. Le programme Advenir, piloté par l’Avere-France, a resserré ses cibles en 2026 et court jusqu’en 2027 : vérifiez l’éligibilité de votre projet avant de signer, et ne démarrez jamais les travaux avant l’accord écrit, sous peine de perdre la prime.
Cinq questions à régler avant de signer le contrat du véhicule
Quelle que soit la formule, voici ce que je demande à chaque client qui installe une production solaire chez lui ou sur son parking.
La durée du contrat couvre-t-elle la garantie batterie ? Un contrat de 48 mois sur un véhicule garanti 8 ans ne pose aucun problème ; un achat prévu pour dix ans mérite une lecture attentive des conditions de garantie au-delà de la huitième année.
Le kilométrage contractuel est-il réaliste ? Une voiture qui se recharge presque gratuitement roule davantage. Nous constatons régulièrement 15 à 20 % de kilomètres en plus après le passage à l’électrique. Un forfait sous-estimé se paie cher à la restitution.
La borne est-elle dans le contrat ou hors contrat ? Certains loueurs intègrent la borne domestique dans le loyer. C’est confortable, mais si votre carport est déjà équipé d’un chargeur intelligent, vous paierez deux fois.
Le véhicule est-il compatible avec la gestion dynamique de charge de votre onduleur ? La plupart le sont via la borne, pas via la voiture. Posez la question à votre installateur avant de choisir le modèle. Carport-Solaire.com explique comment intégrer une borne de recharge au carport pour que l’onduleur donne la priorité à la voiture.
Que se passe-t-il en fin de contrat ? Restitution, levée d’option, rachat par un tiers : la réponse doit être connue le jour de la signature, pas 36 mois plus tard.
Ce qu’il faut retenir
Un carport solaire sans véhicule électrique dessous est, depuis juin 2026, un investissement qui se rentabilise lentement. Avec un véhicule électrique, il redevient l’un des meilleurs placements domestiques disponibles. Le choix du financement du véhicule n’est pas un détail : il détermine qui porte le risque de valeur résiduelle, qui paie l’entretien et, pour une entreprise, combien de fiscalité vous récupérez. Le bon réflexe est de traiter les deux dossiers ensemble, avec un installateur d’un côté et un courtier de l’autre.
À propos de l’auteur
Alexandre Patamia est gérant de Car Optimiz, courtier automobile agréé ORIAS installé à Dardilly, dans l’ouest lyonnais. Depuis dix ans, l’équipe accompagne dirigeants, professions libérales et particuliers de la région Auvergne-Rhône-Alpes dans le financement de leurs véhicules (LLD, LOA, crédit, achat et vente sous mandat), avec plus de 2 000 contrats de leasing gérés. Étude gratuite sur la page leasing auto professionnel à Lyon.
Questions fréquentes
Un carport solaire de 3 kWc suffit-il pour recharger une voiture électrique ?
Pour un usage de 15 000 à 16 000 km par an, oui en volume annuel : la production (3 000 à 3 800 kWh selon la région) dépasse la consommation moyenne d’une berline électrique (environ 2 500 kWh). En revanche, la production est concentrée en journée et entre avril et septembre. Si la voiture est absente le jour, le taux d’autoconsommation chute et le réseau prend le relais, au tarif réglementé.
Peut-on installer une borne de recharge sur un véhicule en LLD ou en LOA ?
Oui. La borne est un équipement du logement, pas du véhicule. Elle reste chez vous à la fin du contrat et sert au véhicule suivant. Vérifiez seulement que le câble et la puissance de charge embarquée du modèle retenu correspondent à votre installation.
Une entreprise peut-elle prendre en charge la borne au domicile d’un salarié ?
Oui, et l’arrêté du 25 février 2025 évalue cet avantage en nature à zéro tant que la borne est restituée à la fin du contrat de travail ou de mise à disposition. Si le salarié la conserve, l’avantage est évalué à 50 % des dépenses réelles, plafonné à 1 043,50 € pour une borne de moins de cinq ans. Le dispositif court jusqu’au 31 décembre 2027.
Faut-il attendre les nouvelles règles fiscales 2027 avant de passer à l’électrique ?
Non. L’abattement de 70 % sur l’avantage en nature et l’exonération de taxe annuelle CO2 sont acquis jusqu’à fin 2027 pour les véhicules mis à disposition d’ici là. Un contrat signé aujourd’hui en bénéficie sur toute sa durée pour l’avantage en nature, puisque la date de mise à disposition fait foi.
Sources
- Arrêté du 1er juin 2026 fixant les conditions d’achat de l’électricité produite par les installations photovoltaïques jusqu’à 100 kWc (dit « S21 »), publié au Journal officiel du 4 juin 2026, en vigueur le 5 juin 2026.
- Commission de régulation de l’énergie, délibération relative aux tarifs réglementés de vente d’électricité au 1er août 2026 ; grille Tarif Bleu EDF 6 kVA.
- Arrêté du 25 février 2025 modifiant l’arrêté du 10 décembre 2002 relatif à l’évaluation des avantages en nature (véhicules et bornes de recharge), Bulletin officiel de la Sécurité sociale ; arrêté du 14 décembre 2023 relatif au score environnemental.
- Loi n° 2023-175 du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables, article 40 ; décret n° 2024-1023 du 12 novembre 2024 ; fiches d’information des services de l’État (préfectures).
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